AuteurPour le meilleur et pour le pire
« Du manque naît l’espoir, de la faim la sensation de vie. «
Anonyme
Je me suis surpris à imaginer ce que cela donnerait si l’on devait se vendre comme un produit en rayon. Où se placerait-on dans un supermarché ? Probablement à hauteur d’yeux, au bon niveau, là où la main peut nous saisir sans effort, là où l’on croit mériter d’être vus, considérés, choisis. Mais si on devait s’acheter soi-même, on se tournerait sûrement vers le bas — vers cette étagère au ras du sol, qui accueille la poussière et les produits de misère— ou vers le haut, vers cet endroit inaccessible sans un escabeau, sinon aux joueurs de basket-ball.
Pourquoi ce grand écart Vandammien entre la façon dont on veut apparaître et ce que l’on croit valoir ? Peut-être parce qu’on a appris à se juger durement, à faire de nos failles des fossés abyssaux. Et à force de nous regarder de haut, nous finissons par nous convaincre de défauts que nous n’avons pas, d’imperfections soufflées par les autres, la fameuse paille que l’on a dans l’œil et la poutre que nous refusons de voir dans l’œil du voisin.
Nos phrases ne devraient pas commencer par ces paroles autoflagellatoires : « Je dois certainement avoir des défauts que je ne soupçonne même pas… » Et devraient commencer par : « Je sais que j’ai telle et telle qualité…. ».
Cela ne veut pas dire ignorer nos faiblesses, mais plutôt les remettre à leur place : à côté de nos forces, dans les bras opposés d’une balance. On se tromperait moins sur soi, et, peut-être, on tromperait aussi un peu moins les autres.
Prenons une image — celle du mouton néo-zélandais. C’est un mouton imposant, enveloppé dans plusieurs kilos de laine. Imaginons que cette laine représente nos défauts présumés, ceux qu’on nous attribue ou qu’on finit par admettre comme vérités. Il suffirait d’un coup de tondeuse pour mettre notre chair à nu, c’est-à-dire notre réalité, pas si vilaine, pas si honteuse que ça.
Mais reprenons la même image à l’envers. Supposons cette fois que la laine représente nos qualités présumées, nos apparats, nos folies des grandeurs. Là encore, la tondeuse ferait tomber cette masse laineuse, pour laisser apparaître notre nudité ridicule.
Se gonfler d’orgueil, se renfermer sur soi.
S’élever, se rabaisser. Crier, murmurer. Rendre coup pour coup, tendre l’autre joue. Aimer, détester. Voyager, rester cloîtré entre quatre murs. Tuer, donner la vie. Être capable de tout et de son contraire.
L’art naît de l’imperfection. Si tout était lisse, il n’y aurait pas de montagnes. Nul être n’est parfait, même Dieu s’y reprend à plusieurs fois.
T.A.M.

