Taïeb Hafsi
Professeur émérite, HEC Montréal.L’appel à la connaissance hier et aujourd’hui !
Présentation des notes
Cette chronique économique et sociale présente une série de notes destinées à clarifier les règles importantes qu’un état intelligent utilise ou respecte pour stimuler un fonctionnement économique et un équilibre social satisfaisant. Ces notes sont élaborées en ayant surtout à l’esprit les besoins des pays dont les économies sont émergentes. Elles sont utiles notamment pour l’Algérie et les pays du front méditerranéen de l’Afrique. Elles peuvent aussi être utiles pour l’ensemble des pays africains et des pays du tiers-monde.
L’auteur est professeur émérite en stratégie des organisations à HEC Montréal et membre de la Société royale du Canada. Il a une longue expérience en enseignement et recherche sur les sujets de management appliqué aux organisations complexes, en particulier les états, les organisations diversifiées et les organisations internationales. Ses travaux sur ces sujets ont été diffusés dans plus de 40 livres et 150 articles de revues internationales.
L’appel à la connaissance hier et aujourd’hui !
Ramadan nous mène à la célébration de la nuit où Dieu a envoyé son message à l’humanité par le biais de Mohamed (QSSL). Nous savons que Mohamed a reçu la visite de l’archange Djibril qui lui disait : « Iqra’! ». Mohamed ne savait pas lire et Djibril ne tendait pas à Mohamed un livre à lire. En fait le message était vraiment : « Écoute, répète et comprend ! ». Le premier message de Dieu était une incitation à la connaissance. « Je vous ai créé à partir de l’argile et Je vous dis apprenez ! Je peux aider, ceux qui ne savent pas, à apprendre ! » Depuis ce moment extraordinaire, les musulmans tentent de comprendre le message de Dieu et si on s’en tenait à leurs comportements, on pourrait dire qu’ils ont beaucoup de mal. Nos erreurs d’interprétation sont légions, parce que nous avons laissé le monopole du Coran à la politique. Ainsi, à titre d’exemple Dieu dit dans l’un des versets du Coran : « Allaho Yarzak men Yacha’ ». L’interprétation courante est « Dieu donnent des ressources à qui il veut ! ». C’est une interprétation fausse. En fait l’interprétation qui est la plus compatible avec l’ensemble du message du Coran est : « Dieu donne des ressources à ceux qui ont la volonté de les acquérir ». L’ensemble du message nous incite à la détermination basée sur l’effort de connaissance.
Mais la connaissance n’est pas un dessert sucré. C’est vécu comme une blessure ou plutôt une brulure, un reniement. L’apprentissage est une épreuve. Même Mohamed recevant le message l’a d’abord rejeté, pensant qu’il devenait fou en entendant ces voix. C’est Khadidja qui l’a rassuré et l’a incité à écouter. Pour acquérir la connaissance, nous avons besoin d’ouverture, d’acceptation de ce qui ne nous est pas familier. Dieu nous a donné la méthode : « Écoute, répète, comprend ! ». Mohamed est devenu l’extraordinaire leader qu’il a été pour les arabes parce qu’il l’a finalement compris. Les musulmans ont beaucoup de mal avec ça, parce qu’ils ne comprennent que très partiellement le message de Dieu. Ils se comportent souvent de manière étroite, arrogante, contraire au formidable guide qu’ils ont entre les mains. Mohamed, lorsqu’il s’est mis à prêcher, à répéter comme l’instruisait Gabriel, n’a rencontré que mépris et quolibets. Il a été chassé par sa propre famille. Il a failli être tué par des membres de sa propre tribu qui le croyait fou et nuisible. Il a persisté dans la voie qui lui a été enseigné. Les résultats sont là pour attester de la force de ce message simple.
La connaissance est notre seul voie de salut. C’est cela le don que Dieu a fait à l’humanité. Je vais prendre un exemple simple pour montrer qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, même pour la compréhension de messages simples.
Prenons l’importation et l’exportation et leur valeur pour l’économie. Concrètement à ce que pensent la plupart des gens, même bien scolarisés, ces deux-là ne peuvent être séparés. Mohamed, notre prophète lui-même, était un importateur et un exportateur. Il dirigeait des caravanes considérables qui emportaient les biens de la Mecque pour les vendre loin, parfois à l’extérieur de la péninsule arabique, et achetait avec les résultats les biens qu’il rapportait à la Mecque. Il ne pouvait y avoir d’importations sans exportations. C’est un principe économique simple mais que nous maltraitons allégrement. Qu’est-ce que cela veut dire pour les Algériens dans un monde qui se globalise rapidement ?
En fait, cela veut simplement dire que les marchés ne sont plus confinés. Comme aux temps du Prophète, ils sont ouverts et alors on ne doit plus raisonner comme si le marché était l’Algérie mais comme si le marché était le Monde. Cela a des conséquences considérables pour le fonctionnement des entreprises et leur compétitivité.
Dans un marché ouvert, les entreprises du pays (publiques ou privées) ne seraient viables que si elles sont capables de soutenir la concurrence internationale. Donc, toutes les entreprises doivent avoir comme objectifs non seulement de produire pour couvrir le marché national mais aussi de conquérir d’autres marchés. C’est pour elles la seule façon d’être compétitives et de rester en vie pour le long terme.
Si on raisonne comme si le marché est le monde, cela a de l’importance aussi pour la construction des institutions et l’élaboration des politiques publiques. Prenons la politique de partenariats public-privé. Si les partenariats sont destinés simplement à servir le marché national pour des produits dont la dynamique est internationale, ils sont destructeurs de valeur. Les entreprises qui en résulteront seront temporaires, en fait simplement favorable aux partenaires privés étrangers ou nationaux pour un temps. La concurrence les détruira. Si cette destruction n’a pas d’importance pour le partenaire privé qui l’aura prévue, elle aura de l’importance pour l’économie nationale qui sera ainsi affaiblie au moment où l’État s’y attend le moins. Les PPP doivent donc être l’occasion de construire des entreprises compétitives à l’échelle mondiale et qui non seulement doivent couvrir le marché national et concurrencer favorablement les importations, mais aussi viser le marché international en exportant.
Si on développe une politique de gestion de la concurrence, il faut aussi veiller à ne pas affaiblir les entreprises du pays qui tentent de devenir compétitives à l’échelle internationale. En appliquant les lois de la concurrence, qui sont normalement destinées à protéger les consommateurs, on doit veiller à ne pas détruire les entreprises performantes qui acquièrent une position dominante sur le marché local, surtout si cette position les mets en position favorable dans la concurrence internationale. Il faut simplement s’assurer que ceux qui ont une position dominante localement soient contrôlés par les lois du marché, notamment par la possibilité de l’accroissement des importations si leurs prix sont excessifs. La position dominante dans un marché ouvert n’est pas équivalente à monopole, lequel suppose non seulement position dominante, mais aussi protection en supprimant les possibilités de lutte contre la position dominante. C’est le cas des monopoles naturels comme la distribution électrique. Dans un tel cas, un mécanisme de comparaison et de réglementation permet d’éviter que les consommateurs soient injustement traités.
Négligée dans beaucoup de pays en développement, l’économie est une vraie science, subtile et peu comprise, même par des personnes bien scolarisées dans d’autres disciplines. Comme c’est une science de l’action, en apparence proche de ce que nous vivons, on la prend pour acquis et on sous-estime son apprentissage.
Ma suggestion est que la science économique et son pendant le management devrait faire partie de tous les curriculums d’enseignement, du primaire au supérieur.
Une société qui comprend les questions d’économie et de management a beaucoup de chances de converger, puisque les intérêts des uns et des autres seraient mieux compris et mieux traités. Surtout une telle société éviterait de prendre des décisions qui lui feraient du mal. C’est aujourd’hui cela la vraie différence entre les sociétés développées et celles qui aspirent au développement.
La connaissance est infinie et surtout sa valeur est inestimable. Sa quête est éternelle et déterminante pour le destin de l’humanité. Comme nous y incite le Coran, il faut en faire la préoccupation la plus importante de la nation et l’aspiration de tous les jeunes algériens.
Je profite de cette occasion pour vous souhaiter ainsi qu’à vos proches, Aid-el-Fitr Mabrouk, bi saha wal hna n’chAllah !

